DOI : 10.61585/pud-rac-nsn607
Résumé
L’article vise à appréhender le « désordre de l’information » comme l’émergence d’un nouvel ordre informationnel radicalement différent de l’ancien, impulsé par l’emprise croissante des réseaux sociaux, nécessitant pour être comprise le recours à de nouveaux concepts théoriques et outils méthodologiques. Il montre que l’analyse de cette transition ne peut se limiter à la seule sphère de production de l'information et aux différentes modalités de fact-cheking car encore plus qu’avant, la théorie simpliste de la « seringue hypodermique » qui suggère que les récepteurs absorbent passivement le sens d’une information voulu par l'émetteur conduit à des conclusions fallacieuses. S’inspirant des « Cultural studies » et des sciences comportementales, l'article s’attache à montrer que ce que ces sciences appellent les « biais cognitifs » jouent un rôle de plus en plus crucial dans la diffusion et la réception des informations erronées en dehors de la conscience des acteurs et par-delà le désir de vérité. Cette approche ouvre de nouvelles voies pour lutter contre le désordre informationnel actuel, notamment celles qui sont promues par l'éducation aux médias et à l’information (EMI), dès lors qu’elle ancre le développement de l’esprit critique sur les mécanismes pratiques de la réception de l’information et non seulement sur son examen par une raison abstraite complètement éclairée par des journalistes compétents et vertueux.
Mots clés : Désordre informationnel, Biais cognitifs, Neurosciences, Psychologie comportementale, Éducation aux médias et à l’information.
TOWARDS A CONCEPTUAL OVERHAUL OF THE THEORETICAL TOOLS FOR COMBATING DISINFORMATION
Abstract
The aim of this article is to understand the “information disorder” as a transition from the past information order to a new information order, driven by the growing influence of social networks, which requires the use of new theoretical concepts and methodological tools in order to be understood. He shows that the analysis of this new order cannot be limited solely to the sphere of information production and the various modalities of fact-checking, because even more than before, the simplistic theory of the “hypodermic syringe”, which suggests that receivers passively absorb the meaning of information intended by the sender, leads to fallacious conclusions. Drawing on cultural studies and the behavioural sciences, the article sets out to show that what these sciences call “cognitive biases” play an increasingly crucial role in the dissemination and reception of erroneous information outside the awareness of the actors involved and beyond the desire for truth. This approach opens up new ways of combating the current information disorder, particularly those promoted by media and information education (MIE), as long as it anchors the development of critical thinking in the practical mechanisms of information reception and not just in its examination by an abstract reason fully enlightened by competent and virtuous journalists.
Keywords : Information disorder; Cognitive bias; Neuroscience; Behavioural psychology; Media and information literacy.